Notre rapport au jeu — La fatigue de la nouveauté

Soirées Ludiques est un espace pour explorer le jeu comme une expérience culturelle, sociale et humaine.
Cette série en est une déclinaison intime : observer comment le jeu agit sur moi, et comment ma manière de jouer évolue.

Apprendre un nouveau jeu est un geste d’ouverture.
Mais ce n’est pas un geste neutre.

Il demande de l’attention, de l’énergie, une disponibilité réelle.
Or, toutes les nouveautés ne deviennent pas des relations durables.

Avec le temps, j’ai appris à reconnaître une chose :
je préfère moins de premières fois, et plus de retours.

Rejouer, c’est approfondir.
C’est laisser un jeu révéler autre chose que sa mécanique.
C’est créer une mémoire partagée autour de la table.

Refuser une nouveauté n’est pas se fermer au jeu.
C’est parfois se rapprocher davantage de ce qu’on cherche vraiment :
une expérience qui nourrit, qui dure, qui a envie de revenir.

Aujourd’hui, je choisis d’être ouvert —
mais pas disponible à tout.

Je joue pour me nourrir, pas pour cocher des cases.

Épisode à venir…

L’épisode est disponible sur toutes les bonnes plateformes de diffusion.

Résumé de l’épisode

Dans ce premier épisode de la série consacrée à notre rapport au jeu, je propose d’ouvrir un sujet délicat, rarement abordé dans le monde du jeu de société : la fatigue de la nouveauté.

Lorsque j’ai replongé activement dans le jeu en 2021, j’étais animé par une curiosité presque insatiable. Je voulais tout découvrir. Explorer toutes les mécaniques, toutes les sensations, tous les univers. La nouveauté représentait une promesse quasi garantie de plaisir. Je participais à des journées ludiques de six, huit, parfois douze heures. Le rythme était intense, exaltant.

Mais derrière cette effervescence se cachait autre chose : une absence de repères. Je ne savais pas encore ce que j’aimais vraiment. Mon goût n’était pas défini. Je découvrais à grande vitesse, accumulant les expériences pour mieux comprendre cet immense univers ludique.

En analysant mes statistiques personnelles sur cinq ans, un constat s’impose : une proportion importante des jeux découverts ne revenaient jamais sur ma table. En 2022 et 2023, près de 55 à 60 % des jeux joués ne dépassaient pas une ou deux parties. Beaucoup d’énergie investie pour peu d’ancrage réel.

Petit à petit, la question s’est imposée : est-ce que j’explore… ou est-ce que j’accumule ?

L’exploration est riche, formatrice. Elle permet de comprendre les mécaniques, d’affiner ses goûts, de se construire comme joueur. Mais lorsqu’elle devient consommation frénétique, elle peut devenir énergivore. Non pas parce que le jeu est mauvais, mais parce que l’énergie investie ne revient pas toujours sous forme de satisfaction durable.

En 2024 et 2025, un changement s’amorce. Moins de jeux joués. Davantage de réflexion avant de m’engager dans une découverte. Un désir plus marqué de profondeur. Les statistiques montrent une diminution des jeux laissés de côté après une seule partie. Ce n’est pas un hasard : c’est le signe d’un repositionnement.

Ce repositionnement touche aussi les dynamiques sociales. J’ai délaissé certains groupes centrés exclusivement sur la nouveauté pour privilégier des moments plus choisis, plus humains, plus enracinés. J’ai également pris conscience de la fatigue liée à l’explication des règles, à la posture du “professeur” autour de la table. Expliquer est gratifiant, mais exigeant. À long terme, cela pèse.

Ce que je traverse n’est pas une vérité universelle. C’est une observation vécue. Une évolution personnelle. Peut-être une forme de maturité ludique. Peut-être simplement un changement de saison.

La question devient alors plus large : jouons-nous pour découvrir toujours plus, ou pour approfondir ce qui nous nourrit réellement ? Jouons-nous pour accumuler des expériences, ou pour vivre des moments significatifs ?

La fatigue de la nouveauté n’est pas un rejet du jeu. Elle est peut-être un appel à ralentir. À choisir. À écouter son énergie.

Dans cet épisode, je ne cherche pas à conclure, mais à ouvrir un espace de réflexion. Où en êtes-vous dans votre parcours ludique ? Êtes-vous encore dans l’ivresse de la découverte, ou ressentez-vous aussi ce besoin de profondeur ?

Ce premier épisode lance une série consacrée à cette transformation progressive de notre relation au jeu. Une invitation à penser ensemble le jeu comme une expérience culturelle, sociale et humaine — et non simplement comme une succession de nouveautés…

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Myri
Myri
30 jours il y a

Ahhh l’attrait de la nouveauté, c’est ce petit boost de dopamine que les gens veulent, comme scroller les vidéos sur Facebook, la surconsommation joue un grand rôle… Combien accumulent sans jouer? C’est un peu… comme mettre 200 séries dans sa liste à « regarder plus tard » sans rien commencer. Oups!

Tu écris « Or, toutes les nouveautés ne deviennent pas des relations durables.« 
Or, beaucoup veulent des one-nights aussi haha 😉

J’aimerais apporter un autre angle à cette fatigue, en parlant de la charge mentale qu’un nouveau jeu amène.

« La nouveauté représentait une promesse quasi garantie de plaisir. »

La nouveauté à toujours été un défi à mes yeux, surtout dans les premiers temps, mais encore aujourd’hui.

Être bien entourée, aide énormément!

Certains aiment les défis, moi avant, il y a quelques années j’avais peur de ne rien comprendre et de faire perdre du temps au gens autour…

Au final avec le temps, je suis heureuse d’avoir découvert tout ses jeux, et mécaniques différentes, d’être passée au travers de nombreux défis, d’avoir eût de belles victoires et cuisantes défaites!

Sauf qu’aujourd’hui je privilégie un que je connais déjà.
Ça me permet d’être présente, d’avoir du plaisir, de ne pas me stresser. De profiter des amis autour de moi sans être trop perdue dans ma tête.

Je ne refuserai pas d’emblée, mais va falloir que le jeu me parle pour dire oui.
Pas juste un « C’est full populaire en ce moment! » M’en c*…. Golfie aussi y’a été populaire tsé!!
Sans rancune et chacun ses goûts évidemment :p

Super le podcast, tu as le don pour les sujets qui viennent nous chercher!

jean-luc
1 mois il y a

Les médias et réseaux ne vivent que dans le temps immédiat et doivent alimenter le buzz permanent. Le tout nouveau jeu devient ainsi la matière principale des articles et vidéos en général sans recul ni profondeur. Une autre approche est possible…
Mon choix de joueur : À propos de nos jeux « vintage » et « actuels »

Jo
Jo
1 mois il y a

Ma fatigue a diminué depuis que je refuse maintenant d’animer des soirées de jeux avec des inconnus ou des groupes lointains.

J’ai compris en 2025 que superviser l’initiation aux jeux des gens qui n’ont pas le même respect des règles ou sont mauvais perdents me draine énormément d’énergie dans un moment qui devrait être énergisant et plaisant.

Et j’essaie de jouer à tous mes jeux pour garder mon cerveau activé malgré que j’ai plusieurs centaines de jeux. Et en jouant avec les mêmes gens ça nous permet de faire des meilleures parties rapidement. Félicitations pour le podcast!

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